Mesbah : «Les joueurs se donnent à 100%, le problème est ailleurs»

Djamel Mesbah qui évolue actuellement au sein du club suisse du FC Lausanne a bien voulu faire son constat après l’élimination de la Coupe du monde en Russie. Lui qui a joué deux Coupes du monde estime que cette sortie prématurée de la course au Mondial n’est pas une catastrophe, car le plus important c’est de se servir de cet échec pour aller de l’avant comme ce fut le cas en 2008, 2011 et 2013. L’ancien défenseur des Verts et en toute objectivité évoque tous les aspects, à savoir la nouvelle équipe dirigeante, l’actuel staff mais aussi les joueurs qui composent cette sélection. Entretien.

D’abord votre commentaire sur l’élimination des Verts pour le Mondial suite à la défaite en aller et retour face à la Zambie ?

Il est clair que cette élimination et cette double défaite face à la Zambie ça fait mal à tous les Algériens et c’est normal. C’est certes une grosse désillusion et une défaite pour tout le monde et surtout pour les joueurs. Beaucoup de gens vont maintenant critiquer cette équipe et ces joueurs, parfois à juste titre par rapport à cette élimination, mais il est important aussi de les soutenir et de les encourager.

 

Donc vous, vous croyez toujours en cette équipe ?

Bien sûr que oui, c’est pour ça que j’insiste pour dire qu’il faut être derrière ce groupe car il reste encore deux matchs à terminer avec les honneurs.  La déception est là car on a vraiment cru qu’on allait prendre les six points lors de ces deux matchs, ou au moins un point, mais au final il y a deux défaites et on est tous très déçus…

 

Tout le monde est aussi déçu de la manière, car après la défaite à Lusaka on s’attendait à une réaction au match retour, mais il n’y a rien eu ?

Si j’ai vu quelque chose, il y a eu une réaction, après ça n’a pas marché c’est autre chose. Il y a eu cette défaite en Zambie, et quatre jours après il y a eu le deuxième match à domicile. En un laps de temps aussi court, pas trop le temps de réfléchir. Je ne défends personne et je pense que les gens me connaissaient pour mon objectivité et mon franc-parler, mais c’est la réalité. On aurait tous souhaité une victoire à Constantine devant un public magnifique, ça ne s’est pas passé, mais il ne faut pas dramatiser. Rester calme et tranquille, même si je sais que les joueurs ont une certaine personnalité et du caractère pour accepter les critiques. Ils jouent dans le haut niveau et les critiques, ils connaissent bien…

 

Critiques oui, surtout lorsque pour certains, vous constatez un écart fragrant entre leur rendement en club et celui en sélection depuis plus d’une année maintenant ?

Ça c’est un constat que tous les supporters ont fait oui, mais moi, le joueur de football ou le technicien, je vous donne mon analyse : jouer en club avec des entraînements quotidiens et des automatismes qui se répètent tous les jours, et en équipe nationale surtout en Afrique, c’est totalement différent. Il est clair maintenant qu’on pointera du doigt les joueurs qui jouent dans les grands clubs, qui jouent la Ligue des champions et qui gagnent des millions annuellement, en se disant comment en Afrique ils n’y arrivent pas ?

 

Et c’est quoi la réponse ?

Et bien ayant l’expérience de matchs en Afrique noire, c’est totalement différent, je le précise encore une fois. C’est un autre football, c’est une autre mentalité, ce n’est pas pareil. Par contre, ce que je peux vous garantir pour avoir côtoyé tous ces joueurs, c’est qu’ils se donnent à 100%, à ce niveau-là on ne peut rien leur reprocher. Ce que je veux dire c’est qu’ils se donnent à 100% sur le moment, maintenant pourquoi ils n’y arrivent pas, je ne sais pas, c’est d’autres paramètres qui entrent en considération.

 

Pourquoi, vous vous y arriviez et pas eux ?

Sur l’équipe d’avant et celle qui a joué en Zambie, il y avait quand même plus de la moitié des joueurs qui étaient présents, et ils y arrivaient. Mais là il faut remettre les pendules à l’heure. Ils sont partis jouer contre le Nigeria, ils ont joué le Cameroun, ils ont joué la Zambie. La Zambie ce n’est pas le Bénin ou le Rwanda. Encore une fois je ne défends personne car le résultat est là, mais je pense que la poule dont a hérité l’Algérie cette fois-ci n’a rien à avoir avec celles d’avant. Au vu des gros morceaux dans ce groupe, ça était plus difficile pour cette génération et cette équipe nationale de se qualifier pour la Russie que nous pour le Brésil. Le Nigeria en Coupe du monde peut jouer les quarts de finale en Russie sans le moindre problème. Ils sont très forts et costauds, ils vont venir en Algérie, je dis attention c’est du lourd. Mais bon, prendre un point dans ce groupe n’est pas normal aussi, donc du calme certes, mais il faut trouver les solutions.  

 

Vous estimez donc que les joueurs ne pouvaient pas faire plus que ce qu’ils avaient donné ?

Faire plus quand tu perds un match en prenant trois buts, c’est pratiquement impossible. Il y a peut-être un problème tactique, technique, physique je n’en sais rien. Mais il est vrai que prendre trois buts en Zambie quand tu t’appelles l’équipe nationale d’Algérie avec des joueurs de ce calibre, ce n’est pas normal avec des joueurs de calibre, il y a forcément un problème et quelque chose ne va pas. Mais dans l’engagement, l’envie et tout ce qui est autour, tous les joueurs, staff compris, tout le monde se donne à 100% du moment, et ça j’en suis certain et je le défendrai toujours. Je n’y étais pas, mais quand il y a les Slimani, Taïder, Ghoulam et les Brahim, ils sont à fond, après ça ne marche pas c’est un autre souci.

 

Que pensez-vous alors de la récente déclaration du président de la FAF et la mise à l’écart de 4 à 5 joueurs ?

A chaque problème il y a une solution, et donc il faut rester calme. OK une défaite en Zambie suivie d’une autre à Constantine, boom il y a le feu ! Tranquille, on laisse le temps et on réfléchit à tête reposée. Je pense qu’au niveau de la Fédération que ce soit le staff technique ou le staff dirigeant, ils se réunissent entre eux, après si le président de la Fédération veut écarter 4 ou 5 joueurs c’est son problème. Maintenant pour revenir à la FAF, cette dernière est jeune. Le président Zetchi est une personne qui vient d’arriver dans le football international, ce n’est pas Raouraoua qui a de l’expérience, mais même lui quand il a commencé il était jeune et il est arrivé à avoir un statut avec le temps. Et c’est ce que peut faire Monsieur Zetchi à condition qu’on lui laisse le temps, mais aussi qu’on le laisse bosser tranquillement.

 

Un mot sur les propos de Mbolhi après le match ?

Il a fait des déclarations à chaud après le match, on respecte ses paroles parce que c’est quand même le capitaine de l’équipe nationale d’Algérie, donc il prend ses responsabilités et lors des prochaines échéances il faut juste qu’il garde les mêmes propos. Raïs que je connais bien, il ne parle pas beaucoup mais il a un bon coeur, donc il assumera sans soucis, c’est tout ce que je peux vous dire là-dessus.

 

Toujours le concernant, une polémique est née suite à sa sortie durant le match, disant qu’il l’a fait sciemment et qu’il n’était pas blessé, vous en pensez quoi ?

Connaissant l’homme et le joueur, je peux vous le garantir en signant des 10 doigts que Raïs n’est pas sorti exprès. Pour moi c’est tout simplement impossible.

 

Pensez-vous qu’Alcaraz devrait être maintenu ?

Par rapport au coach, déjà je ne le connais pas. Je ne connais pas aussi le staff ni cette nouvelle «vague», mais j’estime qu’il faut lui laisser le temps. Une préparation pour une qualification ça ne se fait pas en deux mois, mais bien avant. Depuis que Vahid est parti, on a pris quatre coachs en moins de trois ans, donc il faut se poser les bonnes questions. Maintenant il est impératif d’avoir la stabilité, un projet et prendre le temps de construire, et pas aller dans tous les sens, et quatre entraîneurs en peu de temps c’est vraiment aller dans tous les sens. On va jouer le Cameroun et le Nigeria, mais il faudra déjà se projeter pour le mois de mars et les qualifications pour la CAN 2019 avec une ligne de conduite précise à maintenir quelle que soit la situation que ce soit pour la FAF, le staff ou même pour les joueurs, et c’est comme ça qu’on peut réussir. Ça s’est fait en 2008 et 2009 et en 2012 et 2013 et ça a très bien marché avec deux générations complètement différentes. Mais il faut aussi se rappeler d’une chose…

 

Oui, laquelle ?

Avant d’aller au Mondial 2010, l’équipe a traversé une période super dur avec une absence lors de deux CAN 2006 et 2008, et pareil avant le Mondial 2014 avec une élimination de la CAN 2012 et juste un premier tour en 2013. Mais on a reconstruit derrière et ça a payé.

 

Faut-il avoir un coach strict pour que l’équipe réussisse ?

Je citerai deux exemples diamétralement opposés et concrets. Rabah Saâdane : c’est une grande personne qui donnait les clés aux joueurs et quand ils parlaient aux joueurs c’est : vous êtes mes fils et ils ont tapé l’Egypte. Vahid Halilhodzic, c’est comme ça et pas autrement (a c’est a et b c’est b) et ça a marché. Donc franchement je ne sais pas quoi répondre. C’est pour vous dire que c’est tout un ensemble.

 

Votre message justement à ces joueurs ?

Ils me connaissent, et ils savent ce que je pense, donc ne rien lâcher. Après je leur dis que les Algériens les aiment, ils les suivent chaque week-end, se battre en prévision des échéances à venir.

 

Etes-vous favorable à un rajeunissement du groupe ?

Mais l’équipe est jeune, moi à 28 ans j’ai signé le meilleur contrat de ma carrière. Donc ne surtout pas commencer à tout chambouler.

 

Rafik Halliche qui renoue avec le championnat portugais, pensez-vous qu’il peut apporter un plus au groupe ?

Rafik Halliche étant compétitif en Europe, il doit être convoqué les yeux fermés et le premier sur la liste. Rafik a vécu les deux générations, capitaine au Brésil, un battant, un guerrier et donc il est primordial pour donner une sécurité à cette équipe surtout sur le terrain. Moi je suis pour à 200%.

 

Un dernier mot peut être ?

Juste un petit rappel. L’Algérie depuis des années n’a jamais gagné contre une grosse équipe africaine en dehors du pays, exception faite pour Oum Dorman. C’est la vérité, donc comment veux-tu te qualifier si tu ne gagnes pas au Cameroun, au Nigeria et ça depuis de très longues années, ça ne date pas d’aujourd’hui. J’irai encore plus loins, même le Maroc et la Tunisie n’y arrivent pas contre les grosses cylindrées africaines. Un peu moins l’Egypte même s’ils ont, rappelez-vous il n’y a pas très longtemps pris six buts au Ghana.

 

A. H. A.

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